Biais comportementaux en investissement : comment vos émotions influencent vos décisions

Vos émotions affectent vos décisions d'investissement, souvent plus que vous ne le pensez. Peur de perdre ou à l’inverse excès de confiance… Alors que pouvez-vous faire pour vous en protéger ? Voici ce que vous devez savoir.
C’est scientifiquement prouvé : nous avons tendance, parfois à tort, à nous accrocher à nos préjugés. Beaucoup d'investisseurs regrettent des décisions prises sur un coup de tête. Et la plupart reconnaissent que leur portefeuille se porte mieux quand ils laissent leurs émotions de côté.
En effet, l'investissement est un domaine où les mauvaises habitudes sont fréquentes : acheter dans l'euphorie, vendre dans la panique, garder trop longtemps un placement perdant… Ces réflexes peuvent conduire à de mauvaises décisions et réduire vos rendements.
Découvrez dans cet article les 4 biais comportementaux (ou cognitifs) les plus courants en investissement, comment les reconnaître, et 5 conseils pratiques pour investir avec moins d'émotions.
Qu'est-ce qu'un biais cognitif en investissement ?
Un biais cognitif est un raccourci de pensée qui nous fait décider à partir de nos ressentis, de nos expériences ou de nos croyances, plutôt qu'à partir des faits. C’est l’un des sujets centraux de la finance comportementale, qui étudie l’influence de la psychologie sur nos décisions financières. Ils peuvent fausser le choix d'un placement, le moment d'acheter ou le moment de vendre.
Un biais cognitif ou biais comportemental, c'est notre idée de comment les choses devraient être, même si ce n'est pas vrai. C'est une manière de penser trompeuse et faussement logique. Par exemple, les amateurs de sport affirmeront que l'équipe de leur ville natale est la meilleure, quelles que soient ses performances.
Pour de nombreuses personnes, l'investissement (et l'épargne) fonctionne de la même manière. Investir comprend de nombreuses étapes, de la collecte de données à l'évaluation de vos options, en passant par l'achat et la vente de vos placements.
Avec la surcharge d'informations que nous rencontrons aujourd'hui, il est facile de tomber dans certains pièges psychologiques et de négliger des éléments importants qui peuvent peser sur votre décision.
Mais ne vous inquiétez pas ! Vous pouvez éviter la plupart de ces pièges si vous apprenez à les identifier, à les comprendre et à les contourner. C'est tout l'intérêt de s'intéresser à la psychologie de l'investisseur.
Ainsi, les biais cognitifs les plus courants chez les investisseurs sont :
Le biais de confirmation : ne retenir que ce qui nous donne raison
Le biais de confirmation nous pousse à rechercher les informations qui coïncident avec nos croyances existantes et à rejeter les autres.
Le biais de confirmation, qu’est-ce que c’est ?
Comme le dit l’expression, la première impression est souvent la bonne… En tout cas, c'est ce qu'on aime croire ! Les investisseurs avec un biais de confirmation ont tendance à se concentrer uniquement sur les informations qui les confortent dans leur opinion.
Exemples de biais de confirmation en investissement
- Vous ne lisez que les analyses positives sur une action que vous détenez déjà.
- Vous interprétez chaque nouvelle concernant une entreprise de façon positive, même quand elle ne l'est pas.
- Vous conservez les actions d'une société en déclin bien plus longtemps que vous ne le devriez, pour renforcer votre conviction qu'elle reste un bon investissement.
Pourquoi c'est risqué ?
Le biais de confirmation peut rendre notre comportement d'investissement irrationnel. En tirant de fausses conclusions sur la base d'un raisonnement incorrect, on passe à côté des signaux d'alerte et on prend de mauvaises décisions.
Comment éviter le biais de confirmation ?
- Soyez conscient du danger du biais de confirmation et sachez qu'il peut altérer votre jugement.
- Recherchez activement les informations qui vont à l'encontre de vos convictions actuelles, et prenez le temps de les comprendre.
💡Biais d'ancrage et biais de confirmation : ne pas les confondre
Lebiais d'ancrage est souvent associé au biais de confirmation. Pourtant il est différent. Le biais d’ancrage consiste à rester accroché à un chiffre de référence, souvent un prix d'achat ou un ancien plus haut. Le biais de confirmation, lui, consiste à ne retenir que les informations qui confortent notre opinion.
Exemple de biais d'ancrage : vous avez acheté une action à 100 €. Elle vaut aujourd'hui 70 €, et vous jugez chaque décision par rapport à ces 100 €. Pourtant, ce prix ne dit rien de la valeur actuelle de l'entreprise ni de ses perspectives.
Par ailleurs, les deux biais se complètent souvent : on s'ancre sur un prix, puis on cherche les informations qui justifient d'attendre qu'il revienne. Pour s'en protéger, jugez un placement sur ses perspectives d'aujourd'hui, pas sur le prix auquel vous l'avez payé.
Biais d’aversion à la perte : quand la peur de perdre coûte plus cher que la perte
L'aversion à la perte est le fait de ressentir une perte beaucoup plus fortement qu'un gain du même montant.
Le biais d’aversion à la perte, qu’est-ce que c’est ?
Perdre, ça fait mal ! C’est l’un des principes les plus connus de la finance comportementale : psychologiquement, la douleur de la perte est beaucoup plus forte que le plaisir de gagner. En d'autres termes, les gens préféreront souvent ne pas perdre 50 € plutôt que de gagner 50 €. En investissement, le biais d’aversion à la perte pousse souvent à garder trop longtemps un placement qui perd de la valeur.
Exemple de biais d’aversion à la perte en investissement
- Vous refusez de vendre un actif en baisse tant qu'il n'est pas revenu à son prix d'achat.
- Vous vendez vite vos placements gagnants pour « sécuriser » le gain, mais vous gardez les perdants.
- Après une perte, vous prenez davantage de risques afin d’essayer de compenser rapidement vos pertes.
Pourquoi c'est risqué ?
Pour éviter les pertes, un investisseur peut s'accrocher trop longtemps à un actif qui perd de la valeur, en espérant qu'il finira par se redresser. Une telle stratégie peut l'amener à prendre trop de risques, ce qui entraîne des pertes encore plus importantes par la suite.
Comment éviter le biais d’aversion à la perte ?
- Limitez votre implication émotionnelle dans vos investissements. La plupart des risques liés aux marchés échappent à notre contrôle.
- Posez-vous une question simple : si je ne détenais pas ce placement aujourd'hui, est-ce que je l'achèterais ? Si la seule chose qui vous empêche de vendre est la perte déjà subie, il est peut-être temps de vendre.
- Diversifiez votre portefeuille pour ne pas dépendre de la performance d'un seul actif. Notre article sur la diversification de portefeuille vous explique comment répartir vos placements.
C'est pourquoi il est parfois préférable d'accepter une perte, surtout sur des placements plus volatils comme les actions et les cryptomonnaies. Vous pouvez ensuite réallouer une partie des fonds vers des actifs souvent utilisés pour diversifier un patrimoine, comme l'or et les autres métaux précieux.
Biais narratif : quand une belle histoire fait oublier les chiffres
Le biais narratif, c'est la tendance à se laisser convaincre par l'histoire racontée autour d'un investissement, sans tenir compte des faits qui peuvent parfois prouver l’inverse.
Le biais narratif, qu’est-ce que c’est ?
Les gens aiment les histoires… Ce biais fait référence à notre tendance à interpréter les informations pour construire un récit plus large, sans tenir compte des faits qui peuvent parfois prouver l'inverse.
Exemples de biais narratif en investissement
Les investisseurs peuvent privilégier les placements auxquels ils s'identifient à travers une histoire marquante ou inspirante. Illustrons cela avec deux exemples :
- Une petite entreprise technologique dont la croissance est lente, a vu sa valeur baisser de 40 % et a enregistré des pertes pendant six trimestres consécutifs.
- Une entreprise en difficulté qui invente des outils de design de dernière génération pour le web vient d'engager un PDG charismatique, Warren Musk. Selon la presse financière, il promet un redressement rapide et s'engage à augmenter les investissements et à relancer les ventes.
Ça vous surprendra peut-être, mais vous venez de lire deux descriptions de la même entreprise (fictive). Vous voyez la différence qu'une bonne narration peut faire ?
💡 Les story stocks
Les “story stocks” sont des actions qui se négocient surtout sur la base de l'histoire qui les entoure, plutôt que sur les bénéfices de l'entreprise ou sa croissance future. On cite souvent des entreprises très médiatisées comme Tesla, ou Amazon à ses débuts.
Le phénomène dépasse d'ailleurs les actions : le bitcoin et les autres cryptomonnaies sont portés par des récits forts, comme l'idée qu'ils remplaceront un jour les devises papier ou qu'ils concurrenceront l'or en tant que réserve de valeur.
Pourquoi c'est risqué ?
Une bonne narration peut inciter les investisseurs à acheter une action, souvent à des prix très élevés. Mais si le récit s'avère trompeur, l'investissement peut se révéler être une bulle, ou bien plus risqué que prévu. Une histoire un peu trop convaincante peut ainsi faire perdre de l'argent.
Comment éviter le biais narratif ?
- N'ignorez pas complètement l'histoire derrière un investissement, mais cherchez les informations qui la confirment ou la contredisent.
- Analysez les données objectives : chiffre d'affaires, rentabilité, endettement, valorisation.
- Méfiez-vous des placements dont tout le monde parle.
Biais de surconfiance : quand on se croit plus fort que le marché
Le biais de surconfiance est la tendance à surestimer ses connaissances et ses capacités d'investisseur, ce qui pousse à prendre trop de risques ou à vouloir anticiper le marché.
Le biais de surconfiance, qu’est-ce que c’est ?
Le biais de surconfiance est la tendance d'une personne à surestimer ses capacités : en tant que cuisinier… comme en tant qu'investisseur.
Exemples de biais de surconfiance en investissement
- Vous essayez d'acheter au plus bas et de vendre au plus haut.
- Vous multipliez les transactions après quelques bons résultats.
- Vous surestimez votre compréhension des marchés financiers et ignorez les conseils des experts.
Pourquoi c'est risqué ?
La surconfiance se traduit souvent par des tentatives infructueuses d'anticipation du marché, ou par des investissements risqués pris sans connaître votre niveau de tolérance au risque.
Comment éviter le biais de surconfiance ?
- Soyez réaliste par rapport au marché et à vos capacités. Analysez l’actualité, les graphiques et les autres documents à votre disposition, tout en étant honnête avec vous-même sur vos compétences.
- Au lieu d'essayer de chronométrer le marché, suivez une stratégie DCA bien planifiée : vous investissez un montant fixe à intervalles réguliers, quel que soit le prix. Découvrez comment investir dans l’or.
- Automatisez vos investissements récurrents pour suivre la stratégie que vous avez définie, plutôt que de réagir aux variations de court terme, grâce à l’Auto-Invest.

5 conseils pratiques pour éviter d'investir sous le coup de l'émotion
Il est naturel d'avoir des opinions préconçues sur un sujet, et l'investissement ne déroge pas à la règle. Voici cinq habitudes simples pour ne pas laisser vos émotions décider à votre place et garder le contrôle de vos investissements.
- Définissez votre stratégie à l'avance. Fixez vos objectifs, le montant que vous voulez investir et les règles qui vous feront acheter ou vendre. Une décision prise à froid vaut souvent mieux qu'une décision prise à chaud.
- Fixez-vous un horizon de placement. Savoir que vous investissez pour 5, 10 ou 20 ans aide à relativiser une baisse dans l’un de vos actifs.
- Diversifiez votre portefeuille. Répartir votre épargne entre plusieurs classes d'actifs (actions, obligations, or…) réduit votre dépendance émotionnelle à un seul placement.
- Ne réagissez pas à chaque mouvement de la bourse. Avant d'acheter ou de vendre sur un coup de tête, laissez passer 24 heures et repensez à votre stratégie. Consulter votre portefeuille moins souvent aide aussi.
- Investissez régulièrement, et automatiquement si possible. Un investissement programmé vous évite de vous demander chaque mois si c'est « le bon moment ». En savoir plus sur l’Auto-Invest.
Vous voulez appliquer ces principes à l'or ou à d’autres métaux ? Notre guide des métaux précieux pour investir est un bon point de départ.
En résumé : les 4 principaux biais cognitifs en investissement
Gardez toujours à l'esprit que vos décisions d'investissement, aussi éclairées soient-elles, peuvent être influencées par des biais émotionnels tels que :
- Le biais de confirmation : rechercher uniquement des informations qui renforcent votre opinion sur un investissement.
- L'aversion à la perte : préférer éviter une perte plutôt que réaliser un gain équivalent.
- Le biais narratif : se fier au récit autour d'un investissement, même si les faits racontent une histoire différente.
- Le biais de surconfiance : surestimer ses capacités et sa connaissance du marché.
Bien sûr, il n'y a rien de mal à avoir des biais comportementaux si vous savez comment les éviter. La première étape consiste à reconnaître qu'ils peuvent altérer votre jugement. La deuxième consiste à agir : faites des recherches approfondies, soyez curieux et remettez en question vos propres convictions.
C'est ainsi que vous prendrez des décisions éclairées et fondées sur des faits et une bonne analyse, plutôt que sur une réflexion trop rapide et subjective.
Il existe de nombreux autres biais cognitifs d'investissement, et nous en aborderons certains dans le futur . Mais si vous parvenez à contrôler ces quatre principaux biais, vous ferez déjà mieux que la plupart des investisseurs (émotionnels) !
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